COLLOQUE
  Résumés des intervenants
 
« La catastrophe qui finit par arriver n'est jamais celle
 à laquelle on s'est préparé ».  Marc Twain



        Tremblement de terre, cyclone, tsunami, éruption, famine, tempête, inondation, explosion, déraillement, la catastrophe est omniprésente dans l'actualité. D’origine naturelle ou humaine, elle correspond à un événement dont la violence engendre généralement mort et destruction à grande échelle.
La catastrophe est néanmoins polysémique. Elle relève en effet de plusieurs acceptions : l’une culturelle qui la confond avec d’autres termes (désastre, désordre, cataclysme…) et la relègue à une représentation inconsciente, individuelle et collective. Les traitements médiatiques et politiques de la catastrophe entretiennent avec cette représentation une relation étroite de dépendance et de manipulation. Une autre acception, «experte» prétend réinvestir la notion de catastrophe en la rendant plus explicite par une définition de ses champs d’application, des ses acteurs et des modalités de sa gestion.
Comment une société interprète-t-elle et se représente-elle une catastrophe ? Comment donner un sens à l'incroyable ? Comment le prévoir ? Comment le prévenir ?
Les savoirs et croyances mobilisés varient selon les enjeux soulevés.

Ce colloque permet donc de réunir des acteurs sollicités avant, pendant et après la catastrophe.




Marc POUMADÈRE,

Directeur de l’Institut Symlog (Cabinet de conseil en management).
Membre du groupe International de Recherche sur le Risque.
Ancien expert pour Tchernobyl.
Ancien professeur associé à l'École Normale Supérieure de Cachan.
(CNRS – ENS Cachan)
Contact : poumadere@wanadoo.fr



Entre atténuation et amplification sociales des risques : la crise ?


La catastrophe qui m’intéresse s’aborde en tant que processus de crise.
Cette étude s’appuiera donc sur les processus qui ont fait de la canicule de 2003, le résultat d’une combinaison complexe de facteurs naturels et sociaux en un temps donné : des températures exceptionnellement élevées combinées à une vulnérabilité socio-économique, ce à quoi s’ajoute une probabilité accrue de l’influence humaine sur le réchauffement climatique.
Il s’agit donc d’analyser la catastrophe de la canicule de 2003 et ses conséquences sous une perspective qui tient compte du lien étroit entre les variables contextuelles et sociales.
Cette canicule est un fait avéré inhabituel en France qui a généré une mortalité exceptionnelle. Ce résultat de cause à effet mérite toutefois que l’on prête attention aux facteurs socio-économiques qui permettent de considérer plus finement l’inégalité des personnes touchées.
Les solutions de gestion de risque seront ensuite présentées avec une analyse critique de leur pertinence.




Olivier VAN DAMME,

Juriste, spécialisé dans la gestion des risques et le droit de l’environnement.

Fonctionnaire International à UNOSAT, programme opérationnel pour les applications spatiales de l’Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche (UNITAR - ONU).

Contact : olivier.vandamme@unitar.org



Les représentations cartographiques
d’une catastrophe annoncée


Nous tenterons de caractériser ce que l’on entend généralement par « catastrophe ». Dans cet exercice, nous observerons notamment au travers du prisme de l’instrument puissant de représentation du monde qu’est l’imagerie satellitaire le cas des catastrophes naturelles et celui de la catastrophe  annoncée : les changements climatiques. 





Michael MEIER,

Géographe, spécialisé en études du développement de l'Université de Genève.

Fonctionnaire International au Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA - ONU).

Contact : meierm@un.org




Coordination humanitaire et préparation aux catastrophes


Le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies a été mis en place afin de coordonner les activités humanitaires des Nations Unies. Dans la pratique, il se heurte à de nombreuses contraintes, aussi bien politiques qu'opérationnelles afin de pouvoir réaliser son mandat. Nous examinerons ces contraintes qui sont autant de défis auxquels la communauté humanitaire doit faire face en situation de désastre.

Dans ce contexte,  la préparation aux catastrophes est un domaine qui exige une attention accrue de la part de l'ensemble des acteurs impliqués dans la gestion des désastres. L’intérêt public croissant que connaît la problématique du changement climatique va-t-il permettre d'augmenter les ressources mises à dispositions des premiers concernés, c'est-à-dire les autorités et les communautés des pays les plus à risque ? Va-t-on enfin considérer l'origine systémique d'un certain nombre de désastres hydro-métérologiques et faire payer les "pollueurs-tueurs" ? Bien d'autres questions polémiques encore mériteront d'être soulevées si le débat le permet.




Martin de la SOUDIÈRE,

Socio-ethnologue, chargé de recherches.
Centre d'Études Transdisciplinaires, Sociologie, Anthropologie, Histoire (CETSAH).
EHESS – CNRS

Contact : soudiere@ehess.fr
 



Martin de la Soudière intervient en binôme avec Martine Tabeaud au sujet de la tempête de 1999. Cette participation peut se retrouver dans l’ouvrage dirigé par Martine Tabeaud : Île-de-France. Avis de Tempête, force 12, publié en 2003 aux Editions de la Sorbonne. Il s’agit d’une analyse ethno-sociologique de la manipulation des esprits exercée par les médias.

Lothar et Martin : de quelques usages
d’une grande peur collective
(26 et 28 décembre 1999)

À la fin du siècle précédent (ce n'est pas anodin) deux tempêtes successives (nommées ainsi par les météorologistes) ont balayé l'Europe avec une force rarement atteinte. Surprises, peurs, mobilisations s'en sont suivis. Mais c'est la spécificité de nos attitudes individuelles et collectives qui nous retiendra. Symbolique de cette "grande peur" collective ; peurs associées à cet événement ; peurs climatiques et autres peurs environnementales : telles seront les principales questions qui seront posées. La représentation, aussi, de façon plus générale, de l'élément "vent". Sera abordée in fine une nouvelle attitude repérée par les psychiatres : l'"éco-anxiété".




Éric CANOBBIO,
Élu de la commune de Boulc-en-Diois (Drôme 26)
Géographe, Maître de conférences en Géographie Physique Humaine Economique et Régionale à Paris VIII. (UFR Territoires, Environnements, Sociétés) et membre du LADYSS.
Contact : ecanobbio@univ-paris8.fr




Gestion des territoires à risques.
La Commune de Boulc-en-Diois (Drôme 26)

Engager une réflexion sur les risques collectifs ou les situations de crise en évoquant la figure de l’administrateur « décideur » dans le concert des acteurs ou des responsables spontanément pris en compte lorsqu’il est question de risques et de gestion de crise.
Les enjeux liés aux territoires à risques naturels majeurs seront traités à travers l’exemple d’une commune de moyenne montagne des Alpes : Boulc-en-Diois (Drôme). Il sera question de l’adaptabilité des stratégies de développement local après une catastrophe naturelle et plus particulièrement des critères politiques et écologiques d’action.





Laurent KOSSOROTOFF,

Formateur à la situation d’exception à la Croix Rouge Française

Contact : laurent.kossorotoff@yahoo.fr




L’organisation des secours en situation de catastrophe


A tout événement dommageable survenant au niveau d’une collectivité humaine se superpose la notion de riposte de l’institution pour corriger plus ou moins rapidement les effets néfastes.
Dans le cadre d’une catastrophe, c’est la notion de secours au sens très général du terme qui s’impose. Les stratégies de secours et les soins médicaux mis en œuvre répondent à des plans d’intervention réglés, dominés par un certain nombre d’impératifs tels que l’intégration des secours médicaux dans le dispositif général, l’unité de commandement, l’unicité de doctrine et de vocabulaire ou encore le respect des règles logistiques concernant l’approvisionnement sanitaire et matériel.




Jean-Marie CHARON,

Sociologue, spécialiste des médias
Ingénieur d’étude au Centre d’Etude des Mouvements Sociaux
(CEMS-EHESS), président des Entretiens de l’information (CNRS)

Ancien formateur en école de journalisme et chargé de plusieurs
rapports sur la déontologie des journalistes pour le CSA et le
Ministère de la Culture et de la Communication.

Contact : charon@ehess.fr





Information objective ou communication abusive ?


Les deux dernières décennies ont vu se développer une critique chronique de l'information délivrée par les médias. Crises internationales, consultations électorales, faits divers sont l'objet de la mise en cause du travail des rédactions.
Information objective ou communication abusive ? Comment trouver l'équilibre entre un usage raisonné des médias, au bénéfice d'une plus grande transparence, et un risque néfaste de sur médiatisation ? 

 Le traitement des catastrophes accompagne l’histoire de la presse depuis ses origines (parallèlement aux faits divers).
Le traitement des catastrophes dans les médias contemporains combine un ensemble de dimensions qui les rendent très attractives : spectaculaire, inattendu, insolite, mobilisant l’émotion, permettant l’identification, incitant à la compassion, etc.
Dans « Les journalistes et leur public : le grand malentendu », je démontre que la catastrophe est au cœur du débat sur le traitement de l’information avec la dénonciation du voyeurisme, de la surenchère concurrentielle, de la prime au spectaculaire, du mauvais traitement fait aux personnes (à commencer par les plus faibles, les plus fragiles, les victimes, etc.).






Claire JUILLARD-MACIAN,

Docteur en sociologie à l’EHESS, chercheur indépendante.

Contact : juillard@iresco.fr





Du tropisme de la catastrophe à la catastrophe comme construction sociale


La catastrophe est un transformateur, sinon un révélateur, et dans tous les cas, elle se présente comme un objet préconstruit. Le constat ne permet pas de penser que le tremblement de terre du 26 septembre 1997 d’Assise en Italie ne fait pas catastrophe, puisqu’il s’impose comme tel, mais il invite à l’analyser comme un événement, c’est-à-dire comme un construit.
Le drame fait la une, avec ses images d’hommes et de femmes effarés, de secouristes débordés, et de décombres épars. Il est renforcé par le spectacle de la chute des voûtes peintes de la basilique de saint François d’Assise, qu’un témoin a filmé en un improbable geste. L’endommagement de ce chef d’œuvre de l’histoire de l’art et haut lieu du christianisme s’impose comme l’emblème de la catastrophe. Le drame est patrimonial et religieux, mais aussi humain, car quatre hommes ont péri sous l’éboulement. Le séisme n’aurait pas fait date s’il n’avait pas pris le monument pour cible.
La catastrophe n’est pas unanime, mais plurielle et polémique. Puisque la catastrophe est une construction sociale, et non plus un simple événement fondateur, point de départ ou prétexte, elle doit être constituée en objet. Il s’agit de saisir les modalités de son « écriture », et en l’occurrence, de la transformation du tremblement de terre du 26 septembre 1997 en un événement catastrophique.





Stéphanie BAGGIO,

Membre du Laboratoire de Psychologie Environnementale à l’Université Paris V. (CNRS UMR 8069)

Contact : s.baggio@wanadoo.fr





La construction causale des catastrophes.
Une comparaison France – Sri Lanka


La présente recherche s’intéresse aux catastrophes d’origine naturelle dans leur dimension causale, c’est-à-dire aux réponses humaines qui y sont apportées. Deux expériences ont été conduites pour tester la manière dont les individus construisent leur pensée autour des causes des catastrophes qui sont susceptibles de les frapper.
La première, menée en France sur l’inondation, montre que le contrôle de l’évènement (pouvoir agir sur les causes de l’inondation) constitue une dimension essentielle qui affecte les jugements et évaluations des individus : contrôler l’inondation est primordial pour l’accepter. La seconde, menée au Sri Lanka suite au tsunami du 26 décembre 2004, illustre au contraire l’absence de ce besoin de contrôle : pour les sri lankais, il n’est pas nécessaire que l’évènement apparaisse comme contrôlable pour être acceptable.
Ces résultats laissent donc voir que la construction causale des catastrophes d’origine naturelle est socialement et culturellement normée. En effet, on sait que l’homme occidental contemporain a besoin d’organiser son environnement, de le prédire et le maîtriser. En revanche, dans des cultures de type « collectiviste », le contrôle ne constitue plus une dimension importante, ce qui transparaît dans la pensée relative aux risques collectifs. Or, la façon de penser des individus et la manière dont ils comprennent les catastrophes constituent des grilles d’interprétation et des pistes d’action indispensables pour pouvoir venir en aide à ces populations.






Éric GLOVER,

Journaliste, Chef de service du pôle « Écologie, Science, Technologie » à Courrier International.
Contact : eric.glover@courrierinternational.com



Que véhicule le journaliste dans son interprétation de la catastrophe ?


Pour se vendre, la presse dramatise le Changement Climatique mondial. Elle présente sans discernement nombre de catastrophes d’aujourd’hui comme les conséquences du réchauffement atmosphérique planétaire. Ce faisant, elle surestime les effets actuels de ce réchauffement. En outre, le traitement journalistique de l’environnement privilégie les annonces apocalyptiques, souvent sans recul ou mise en perspective, au risque de générer chez le lecteur le découragement et le sentiment d’impuissance. Certaines questions nécessitent donc des réponses. Comment un journaliste est-il informé d’une catastrophe ? Que retient-on ? Que censure t-on dans les informations ? Une remise en cause est-elle possible ?





David MARTIN,

Réalisateur du documentaire scientifique Après nous, le déluge (2006) qui part à la rencontre des membres du GIEC sur la question du réchauffement climatique.

Contact : david.109@gmx.net



Regards sur le traitement des catastrophes par les médias


Les médias ont un rôle primordial à remplir en terme de sensibilisation du public quant à l’impact de nos modes de vie sur l’environnement mais aussi quant aux évolutions et aux solutions qui existent. Sensible aux problématiques environnementales, et plus particulièrement à la question du Changement Climatique, il a réalisé un film documentaire. Il y aborde le réchauffement climatique par les interviews des présidents des différents groupes de travail du GIEC (Groupement International sur l’Évolution du Changement Climatique). Ils répondent à plusieurs questions : Quelles seront les conséquences indirectes du changement climatique ? Parmi elles, les migrations végétales, parasitaires et humaines seront-elles problématiques ? Face à ces enjeux quels sont les objectifs à atteindre pour un développement durable ? Le système économique actuel permettra-t-il d’y répondre ? Faut-il pour autant être résigné, pessimiste ?





Myriam GAST LOUP,
Programmatrice et Coordinatrice  pour la Région Île-de-France des films, rencontres et  partenariats du Festival International du Film d’Environnement.
Contact : myriam.gast-loup@iledefrance.fr




Les enjeux et le rôle de la programmation d’images
face aux phénomènes environnementaux


Alors que la majorité de la communauté scientifique s’accorde sur la gravité de la situation écologique de la planète, une question se pose aux « faiseurs » et aux montreurs d’images. Pour exister et sensibiliser, chaque événement environnemental –et pas seulement- doit-il aujourd’hui être présenté comme une catastrophe, comme un désastre dévastateur et quasi définitif ?
Quelle est la part de surenchère médiatique, qui semble bien aujourd’hui « indispensable » ?
Et quelle serait la part que réalisateurs, reporters, journalistes, médias, artistes même, jugerait « nécessaire » pour alerter les consciences et surnager dans le flux ininterrompu d’informations plus ou moins essentielles, mais toujours sensationnalistes ?
Ces questions s’ajoutent à beaucoup d’autre lorsque l’on programme un panorama international de films de cinéma et d’œuvres télévisuelles sur le sujet. Le clivage planétaire « Nord/Sud » est également bien visible : d’une part, « l’occident » avec ses acteurs sensibilisés et actifs et ses médias ultra réactifs souvent en quête d’un scoop voyeuriste, et d’autres parts des pays où l’environnement ne sait être une préoccupation majeure, face à d’autres urgences (famine, pauvreté…).
Alors parfois, en effet, l’occident se sent « obligé » de venir au secours de ses cousins pauvres pour mieux alerter sur la catastrophe, qui nous bouleverse quand des anges blonds sont ensevelis sous des tsunamis…mais nous indiffèrent quand leurs cousins indiens sont aussi dévastés.

Y aurait-il alors une nécessité morale au sensationnalisme ?
 
   
 
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